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Le danger de prendre parti dans la guerre civile en Syrie

Shadi Hamid envisage la possibilité d’armer l’armée syrienne libre:

Si l’opposition elle-même a choisi l’option militaire - et cela semble de plus en plus le cas -, la question est la suivante: une armée fragmentaire d’environ 10 000 rebelles syriens peut-elle vaincre une armée qui, loin d’être invincible, jouit d’un avantage écrasant en nombre, en équipement et puissance de feu? L'opposition peut compter des millions de personnes, les Syriens continuant de manifester en masse dans tout le pays. Mais il est difficile de voir moins qu'une impasse désastreuse sans la communauté internationale pour aider à faire pencher la balance.

C'est une vue qui n'a toujours pas beaucoup de sens pour moi. L'objectif des interventionnistes est-il de faciliter la défaite du régime d'Assad ou de protéger la population civile? Il peut y avoir des cas où ces deux-là sont compatibles, mais la Syrie ne semble pas en faire partie. Quel serait le résultat du financement et de l'armement de la FSA? Cela renforcerait le camp militairement plus faible dans une guerre civile, il appuierait une solution militarisée à la crise et garantirait une prolongation et une intensification de la guerre. Hamid affirme que la guerre civile s’intensifiera malgré tout, ce qui peut être vrai, mais le plan d’action proposé garantirait ce résultat.

Heureusement, nous n'avons pas à nous disputer pour savoir comment appeler le conflit en Syrie. Hamid reconnaît que la Syrie est «déjà en guerre civile». Au cours du débat sur la Libye, les interventionnistes étaient impatients d'éviter d'utiliser cette étiquette pour décrire le conflit interne libyen sur le contrôle de l'État. Les sceptiques et les opposants à l’intervention ont une aversion compréhensible pour choisir les favoris dans les guerres civiles d’autres nations au motif qu’il n’est pas de notre devoir de déterminer l’issue d’un conflit interne dans un autre pays. Les défenseurs d'une intervention en Syrie n'arrivent pas à se décider, que leur priorité soit d'obtenir le résultat politique de la victoire de l'opposition ou de limiter la violence en Syrie au profit de l'ensemble de la population. Pour justifier leur intervention, ils invoquent ce dernier, mais bon nombre de leurs propositions semblent se concentrer sur le premier.

En effet, la raison pour laquelle certains interventionnistes proposent une aide militaire à la FSA est que les rebelles armés vont probablement échouer sans cette aide. Le danger que les interventionnistes voient n’est pas vraiment qu’il y aura une «impasse désastreuse», mais que l’opposition perdra. Les interventionnistes invoquent le spectre de la guerre civile libanaise pour avertir de ce qui pourrait se passer s'il n'y avait pas de soutien pour l'opposition, mais ce qu'ils proposent semble plus susceptible de faire vivre à la Syrie une expérience très similaire à celle du Liban. Même s’il s’agit d’une intervention indirecte plus limitée en faveur des rebelles syriens, cela semble garantir l’approfondissement du conflit et le risque de fragmentation du pays en enclaves, ce qui pourrait accélérer le début des expulsions forcées et des massacres de populations.

Mise à jour: Pillar a fait quelques bons points liés dans son message d’hier:

Je conviens avec Pape qu'une intervention en Syrie serait imprudente, mais pas pour le moment ni pour le seul motif que la lutte dans ce pays ne s'est pas encore concrétisée de manière à donner, comme il le dit, "une armée viable et peu onéreuse Une solution. ”Les divisions sectaires en Syrie rendraient la suite d'une intervention, même à bas coût, renversant le régime moins onéreuse que la Libye. Toute la structure de pouvoir alaouite, pas seulement Assad et sa famille, se verrait se battre non seulement pour le pouvoir, mais aussi pour leur vie. Comme ce fut le cas avec la guerre en Irak, remuer ce vase sectaire provoquerait de nouvelles perturbations ailleurs dans la région.

Les États-Unis devraient s'abstenir de toute agitation politique et se concentrer sur les régions de la région où leurs propres politiques actuelles font déjà pencher la balance et associent les États-Unis à leurs clients locaux.

Voir la vidéo: Syrie : de cendres et despoir. ARTE Reportage (Janvier 2020).

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